COLLOQUE OUEST AFRICAIN SUR LA JUSTICE

Allocution de M. Ahmedou Ould-Abdallah, Représentant Spécial du Secrétaire Général des Nations Unies pour l'Afrique de l'Ouest.
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Monsieur le Ministre d'Etat Cheikh Tidiane SY,
Honorable Juge GOLDSTONE,
Professeur Babacar KANTE
Honorables invités,
Mesdames et Messieurs,

Le choix de Dakar pour la tenue de cette réunion est le bienvenu. Il manifeste un soutien aux récents efforts accomplis en Afrique en matière judiciaire avec notamment l'établissement de la Cour Africaine des droits de l'homme et des peuples et le travail continu des Tribunaux Internationaux tels ceux du Rwanda et de la Sierra Leone. A cet égard, je voudrais remercier le Centre International pour l'Ethique, la Justice et la Vie Publique de l'Université de Brandeis et le Centre de Recherche Ouest Africain pour une organisation parfaite et un travail bien accompli. Mes remerciements vont au professeur Babacar KANTE et en particulier à Ms. Leigh SWIGART dont la détermination n'est plus à démontrer. Le Centre Brandeis, dont j'ai l'honneur d'être membre du Comité Consultatif, inaugure ici une entreprise d'utilité publique. La présence parmi nous de son directeur, M. Daniel Terris, en témoigne.

Mesdames, Messieurs,

Aujourd'hui la justice devient partout incontournable. Les peuples l'exigent au même titre qu'ils exigent la protection de l'environnement ou la lutte contre le SIDA. Du fait de la mondialisation, on observe une importance accrue du souci de protéger les citoyens et les communautés contre les abus de toute nature, à commencer par ceux de leurs propres gouvernements.

Importance de la Justice

Les chantiers en matière de justice sont nombreux à travers le continent: l'indépendance des systèmes; le renforcement de leurs capacités; leur crédibilité, etc. Comment y faire face reste déterminant pour les populations et les gouvernements.

Le Bureau Régional des Nations Unies pour l'Afrique de l'Ouest, UNOWA, attache une grande importance à la justice comme élément de paix, de stabilité et de développement. De fait, la justice est un facteur essentiel dans la prévention et la résolution des conflits, donc de paix. L'UNOWA est disposée à assurer avec les organisateurs le suivi de cette rencontre.

Le thème central de ce colloque est la relation entre les justices nationales et internationales. Pour bien appréhender ce thème, il faut, me semble-t-il, évoquer ce qui demeure au cœur de nos préoccupations quotidiennes en matière de justice: l'impunité, le non respect des droits de l'homme, et du droit humanitaire en situation de conflits armés. Cela fait d'ailleurs, avec la question des droits de la femme, partie des questions soulevées lors de la 38ème session ordinaire de la commission Africaine des droits de l'homme et des peuples qui s'est tenue à Banjul, en Gambie il y a à peine un mois.

La violation de ces droits constitue un frein majeur au développement d'une justice crédible et partant, d'une société apaisée et d'un développement socio-économique équilibré.

Indépendance de la justice

Une justice véritable implique avant tout la crédibilité du judiciaire lui même. Il est important de s'assurer de l'indépendance de la justice dans les différents pays de notre continent. Sans elle, il serait difficile d'envisager une collaboration effective sur le plan international. Mais la priorité doit être accordée à la justice au niveau national pour s'assurer que les gouvernements appliquent chez eux ce qu'ils prônent au niveau continental.

De fait, il existe partout dans le monde de nombreux obstacles à l'indépendance de la justice et ceci est particulièrement vrai dans de nombreux pays en Afrique. Un certain nombre de raisons expliquent la persistance de ces obstacles. Elles sont:

Votre colloque va sans doute réfléchir à l'élaboration de mécanismes visant à renforcer l'indépendance des juges et un fonctionnement plus efficace des justices africaines à travers:

L'établissement d'un contexte politique sain, propice au respect des règles de base des droits de l'homme et du citoyen demeure une condition cruciale à l'émergence d'une justice véritablement indépendante.

Coopération judiciaire

La coopération judiciaire entre les états et la complémentarité des justices nationales, tout en étant difficiles, demeurent utiles et indispensables. Cette coopération implique que ces états opèrent dans le respect des principes évoqués ci-dessus. De surcroît, pour qu'elle soit efficace, les états doivent parler le même langage. Ils devront veiller à l'harmonisation des textes et des traités judiciaires et s'assurer de l'efficacité de l'entraide entre eux. Cela bien entendu sur le double plan régional et international.

En matière d'harmonisation du droit des affaires, beaucoup a été fait en Afrique occidentale et centrale. Il convient de noter ici les réalisations du traité OHADA (organisation sur l'harmonisation du droit des affaires en Afrique) qui est parvenu à inscrire la primauté du droit communautaire sur le droit national, créant ainsi une institution unique de contrôle et de règlement des différends. Mais la justice est un chantier permanent. D'énormes efforts doivent être fournis en matière d'harmonisation des législations nationales (sur la traite des enfants, la prolifération des armes légères, la lutte contre la corruption etc.) en matière judiciaire, et d'unification des jurisprudences. Cet effort doit être fait aux deux niveaux suivants:

  1. (UN) Entre états africains " Ratification, application et renforcement des traités existants;

2. (DEUX) Entre les états africains et le reste du monde

Systèmes judiciaires, prévention et résolution des conflits

Les Nations Unies jouent un rôle prépondérant en matière:

Il faut ici insister sur la question fondamentale de l'impunité et son rôle dans les cycles de la violence.

Mesdames et Messieurs,

Je voudrais terminer en évoquant un certain nombre de préoccupations qui nous interpellent tous.

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